Weld El 15, « porte-parole » de la jeunesse tunisienne

Publié initialement sur street-press-logo-fond-b7617

« Il porte un t-shirt où il y a toujours marqué « problèmes » ! » Dans un studio du centre musical Barbara à la Goutte d’Or, Madou MC, un rappeur tunisien, chambre son pote d’enfance, Weld El 15. Ce dernier, originaire d’un quartier du centre de Tunis, est devenu l’une des voix de la contestation au régime tunisien en 2013. Il était à Paris pour la première fois dans le cadre du Festival téMA Rebelle.

Texte de @MatthieuBidan  / Photos d’@Inesbgc 

Weld El 15
Weld El 15

WEED. Pendant un séjour de huit mois dans les geôles du pays pour consommation de cannabis, Weld El 15 a écrit son morceau « Boulicia Kleb ». Traduction : les flics sont des chiens. « Les policiers sont des chiens, c’était clair dès le départ. Chaque fonctionnaire de l’Intérieur n’est qu’un corrompu de merde. Il se dresse pour ses généraux, lui qui n’est qu’un chien », rappe l’artiste au regard froid.

 Une fois postée sur YouTube, cette chanson lui a valu de nouvelles poursuites pour « outrage ». Résultat : une condamnation à deux ans de prison, avant la relaxe en décembre dernier. Entre temps, la mobilisation médiatique a fait du rappeur un des symboles du manque de liberté d’expression en Tunisie. « On est les porte-paroles de la rue », avance-t-il sous sa casquette des Yankees. « Des porte-paroles du peuple, de la Nation ! renchérit Madou en grattant ses yeux rougis. Chez nous, 90% des gens habitent dans des quartiers. »

Weld El 15 s’est aussi fourré dans une autre galère. En septembre 2013, il est condamné par contumace à un an et neuf mois de prison pour « outrage à fonctionnaire public », « atteinte aux bonnes mœurs » et « diffamation ». Avec un autre de ses potes rappeurs, Klay BBJ, il est accusé d’avoir insulté les policiers de « lâches » lors d’un concert à Hammamet. Pour la première fois sur scène, il aurait aussi chanté à trois reprises « Boulicia Kleb ». Mais le rappeur s’en défend, toujours un peu froid et distant : « Le public était chaud pour que je la chante donc j’ai fait le début de la chanson, mais c’est tout. »

WeldEl 15
Weld El 15 en concert au centre Barbara

Sur la scène du centre Barbara le rappeur se met en retrait : il fait les backs de Madou, souvent sur le côté de la scène ou proche de Tony Danza, le DJ du soir. Plus qu’une icône, Alaa Eddine Yacoubi aka Weld El 15, a l’air d’un jeune de son temps, un petit air de suffisance en plus. Le bouc bien rasé, un sourcil entaillé façon Benzema, les yeux vitreux, le gamin de 26 ans est pourtant une star du rap. Mais il est à l’étroit dans une société tunisienne où certaines règles datant de Ben Ali n’ont pas changé.
GÉNÉRATION HARDCORE. « Nous, on est la génération des défoncés, la génération de tous les vices », rappait-il dans « Boulicia Kleb ». En Tunisie, c’est tolérance zéro pour le cannabis. Si aucune substance illicite n’est trouvée sur un individu lors d’une fouille, les policiers peuvent imposer un test d’urine. Dans ce cas, si la personne est positive au THC, la sanction est immédiate : un an de prison. « Aujourd’hui en Tunisie, tout le monde parle de politique, mais moi je ne fais pas d’analyses, je parle seulement de mon vécu. Aucun parti politique ne représente la jeunesse tunisienne », regrette Weld El 15.

Madou Mc
Madou Mc

Madou et Weld ont grandi ensemble, dans des quartiers difficiles de la capitale. « Un jour il a voulu me braquer mais j’étais plus fort que lui », rigole Madou, lui aussi passé par la case prison pour consommation de cannabis. « A l’époque où on a commencé, il n’y avait pas beaucoup de petits qui faisaient du rap à Tunis », raconte Weld El 15, en Français. « On a formé notre premier groupe “la génération hardcore”, je devais avoir 11 ans », ajoute son comparse, bien plus bavard que lui.

CHANGEMENT Aujourd’hui, les deux rappeurs ont sans doute perdu leurs illusions, au fil des passages en prison et des procédures judiciaires à n’en plus finir. « C’est un peu dur, mais ça reste une expérience, balance Weld El 15, laconique. Ça m’inspire quand même », finit-il par lâcher dans un sourire.

Pourtant rien n’aurait vraiment changé depuis la révolution de Jasmin et le départ de Ben Ali en 2011 « C’est toujours la galère pour les jeunes, c’est le chômage, c’est le risque ». Pour autant, Weld El 15 et tous ses potes rappeurs ne perdent pas le sourire. Ils profitent de la brèche ouverte par le départ de Ben Ali pour cracher leur dégoût de la corruption et leur soif de liberté d’expression. Quand ils ne sont pas condamnés… Entre deux problèmes, Weld El 15 prend aussi le temps de penser à l’avenir : « Ce qui est bien, c’est que les jeunes tunisiens ont beaucoup d’espoirs ».

 

 

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