Georgio :  » Je vis le meilleur truc que l’on pouvait me souhaiter « 

Jeune rappeur, Georgio en est déjà à son deuxième EP. Originaire du 18ème arrondissement de Paris, le jeune Mc de 21 ans est dans les bacs avec A l’abri, chronique d’une jeunesse parisienne, sombre et tumultueuse. Sur Skud Mag, Georgio se livre. L’usine, Le Combat Continue, Emmanuel Carrère, babysitting et Velizy 2, Georgio a déjà fait du chemin. 

Par @InesBgc et @MatthieuBidan
georgio

Qu’est-ce qu’il y a de nouveaux dans ton nouvel EP A l’abri ?

La maturité dans l’écriture, dans les morceaux, dans les manières de travailler les prods, de rapper, de faire un vrai projet de A à Z. Sur l’EP précédent, Soleil d’hiver, toutes les prods étaient d‘Hologram Lo. Il y avait une cohérence musicale avec la patte de ses prods. Là, cette cohérence, c’est moi qui a essayé de la trouver. Sur les huit titres, il y a quatre ou cinq beatmakers différents. Donc il fallait trouver la bonne manière de placer les morceaux, de bien combiner les atmosphères tout en gardant des différences entre les sons.

Comment ça c’est passé cette fois avec tous ces beatmakers ?

Certains d’entre eux m’ont envoyé des trucs que j’ai choisi et il y en a d’autres avec qui j’ai taffé directement. Par exemple, c’est Soulchildren qui a fait la prod pour Le Gardien. Je suis parti dans leur studio, ils m’ont fait écouter une centaine de prods. J’en ai retenu une petite vingtaine. Quand j’ai eu l’idée de ce morceau, je cherchais, j’ai repris dans le dossier cette prod. Et au moment de finaliser le morceau, de faire deux ou trois cuts dans l’instru, d’enlever une ou deux caisses claires, de rapprocher une ou deux charley etc… Ils m’ont demandé ce que je voulais pour la fin du morceau. Ils commencent à me dire que ça serait bien de rejouer le sample, mais différemment pour la fin. Et puis on commence à trouver ce gros breakbeat. A partir de là, on a recrée à trois (ndlr. soulchildren est une équipe de deux) la fin du morceau.

Dans ce morceau, tu racontes l’histoire d’un gardien travesti, est-ce que c’est inspiré d’une histoire vraie ?

Non, c’est une fiction inspirée de faits réels. Je me suis inspiré d’un voisin, d’un livre que j’ai lu et du gros qui ressemble à un transsexuel dans Fight Club. Après le moment phare, c’est un pote à moi qui avait des doutes sur le fait que son gardien se travestissait …

Dans l’ensemble, ton EP est assez sombre. Pourquoi ?

J’ai plus de facilités à écrire sur des choses assez noires. C’est le rap que j’écoute, que j’aime. C’est instinctif, c’est ce que j’avais envie d’écrire. C’est sombre, mais pas mal de parties de ma vie le sont aussi. Après, si on prend le morceau éponyme de l’album, A l’abri, le refrain est super positif même si dans les couplets c’est un bilan de choses qui ne le sont pas forcément.

Le nom de l’EP et du single est A l’abri, mais à l’abri de quoi ?  

D’une vie dont je n’ai pas rêvé. Avec la musique, je suis en train de vivre le meilleur truc que l’on pouvait me souhaiter au monde : faire plein de concert, pouvoir vivre de ma passion …

georgio pochette

Le travail sur l’EP ne s’est pas limité au musical, il y a aussi pas mal de visuel. C’est toi qui a eu l’idée de la pochette ?

C’est une idée de Romain Rigal, un photographe qui aimait ce que je faisais. Il m’a contacté pour faire une séance photo. Il voulait un truc un peu classe. On a pas fait des photos qu’avec la fille ce jour-là. Il m’avait envoyé d’autres séries mais dès qu’on a vu la photo qu’on a utilisé pour l’EP, on s’est dit que celle-là était trop forte.

On a l’impression qu’il y a eu un gros travail aussi sur les clips. Pour A l’abri, des chiens t’accompagnent. Dans Blackjack, il y a tout un univers autour des casinos. Est-ce que tu t’es inspiré du cinéma ?

Non, je ne regarde pas énormément de films. Le cinéma ce n’est vraiment pas une inspiration. Je donne toujours mon avis, mais c’est vrai que pour les clips, ce sont les réalisateurs qui donnent leurs idées.

Comment ça s’est passé pour ton dernier clip, BlackJack ?

Avec Clif, on avait l’idée d’une imagerie de casino …

Pour le coup, ça rappelle pas mal le film Casino, avec ce côté un peu kitsch …

Ouè carrément. Là c’est vrai que c’est un peu une inspiration cinématographique, mais elle ne vient pas vraiment de moi à la base (rires). On est parti sur un studio avec un fond vert et on a joué le second degré à fond.

 

 

Sur la pochette tu es en survet’ Lacoste, c’est un hommage à Arsenik ?

Non, je kiffais les cost-la quand j’étais jeune, mais je ne savais même pas que c’était Arsenik qui avait lancé ça en France. Je kiffais la marque parce que tout le monde en mettait et que c’était un peu luxueux. Je l’avais mis dans un clip sur un morceau qui s’appelait Homme de l’ombre. C’était un petit clin d’oeil à cette époque. C’est des mecs qui m’ont influencé dans ma manière de rapper, de me prendre cette culture qui est la mienne. Même si ce qui m’a amené à faire du rap, c’est ce qui passait à la télé ou à la radio. Ca n’était pas les artistes que je kiffais vraiment comme Lino ou Nakk.

T’écoutais Skyrock à l’époque ?

Oui, ça allait de Rohff à 50 Cent …

Pour toi, c’est un objectif de rentrer en playlist sur Sky ?

Non, c’est pas forcément un objectif. Mon but c’est que ma musique marche. Après si c’est un des moyens pour que ça marche, tant mieux si ça passe en radio ou en télé.

On t’as déjà vu collaborer avec un groupe qui marche bien en ce moment. Comment s’est faite la connexion avec Fauve ?

Ils cherchaient une première partie rap pour une nuit Fauve à la Flèche d’or. J’ai un pote en commun avec eux qui leur a fait écouter le CD. Ils ont accroché. Moi j’ai accepté parce que j’avais écouté Blizzard et que ça me plaisait. Après, on s’est super bien entendu. On est resté en contact, on se voit pas mal en dehors de la musique.

Qu’est ce que tu penses des critiques sur le succès de Fauve ?

C’est vrai que c’est un truc qui marche. Les critiques sont un peu gratuites. Je ne suis même pas sûr que les gens aient vraiment écouté. Moi je calcule pas, ça marche pour eux et je suis super content.

 

 

Est-ce que ça veut dire que tu aimerais collaborer dans le futur avec des artistes qui ne sont pas forcément dans le rap ?

J’écoute essentiellement du rap, mais si un artiste me plait parce que je trouve qu’il y a des points communs entre sa musique et la mienne, pourquoi pas ? Mais là maintenant comme ça, je n’ai pas d’envie de feat hors rap.

Et dans le rap, tu penses à qui ?

Pas mal d’artistes. J’aimerais bien faire un feat avec Lino ou Nessbeal. Je sais que c’est des artistes que j’aime beaucoup. Karlito de la Mafia K1 Fry aussi, j’ai vu qu’il revenait en plus, donc je suis content.

Tiens puisque tu parles de Karlito, on pars direction le 94. Dans une interview, tu disais que Le Combat Continue d’Ideal J était ton album préféré du rap français. Pourtant, tu n’est pas du tout engagé politiquement dans tes textes, comment tu expliques ça ?

Je ne le perçois pas engagé de ouf cet album là. Il y a des chansons comme l’Amour ou Pour une poignée de dollars. C’est un morceau qui montre un truc super violent avec un mec qui se fait racketter, ça fini au poste etc … Y’a un côté un peu humain où ça parle du racisme, des flics … Et l’Amour, c’est quelqu’un qui parle d’amour de manière générale, avec les femmes, ses proches. Y’a plein de thèmes dans Le Combat Continue. Pour moi, Kery James n’a jamais été le meilleur rappeur français, mais au final cet album est trop bien fait. Tout se coordonne bien, les textes, les prods, les thèmes. Au final, ça forme un album incroyable.

Y’a quand même une autre partie hyper engagée avec cette pochette où une main noire serre le drapeau tricolore, le clip de Hardcore …

C’est pas forcément le côté engagé qui m’a marqué. Il y avait un côté rue, quartier, qui me parlait. Et en même temps, ça faisait passer plein de sentiments. Il disait plein de choses toutes simples, mais qu’on ne mettait pas forcément en musique.

 

 

Ton manager c’est Fonky Flav, un des membres du groupe 1995. Comment vous avez commencé à travailler ensemble ?

C’était à l’époque de mon EP Soleil d’hiver avec Lo’. Pour sortir l’EP dans les bacs, il fallait un label. Lo’ a fait écouter le projet à Flav. Antoine (ndlr. le prénom de Fonky Flav) a bien aimé donc il s’est greffé au projet pour nous aider avec la promo, pour signer les contrats avec la distribution etc… A partir de là, on en a parlé et on a décidé de rouler ensemble.

En ce moment, il y a pas mal de rappeurs parisiens qui émergent. Il y a eu 1995, L’Entourage, Lomepal … Est-ce tu penses qu’il y a une patte spécifique du rap parisien ?

Oui ça se ressent, mais même à Paris il y a plusieurs écoles. Dans le 9ème, tu as la Sexion d’Assaut, The Shin Sekai, l’Institut, ils ont un école à eux, très 9ème, 3ème arrondissement, un peu du centre de Paris. Dans le 18ème t’as un autre délire de rap. Mais comme à Marseille ou en banlieue tu peux avoir des écoles différentes. Finalement je trouve que ça se ressent de moins en moins.

Tu trouves que ça s’uniformise ?

T’as des mecs de banlieue qui peuvent rapper avec un  » style parisien  » ou 18ème. Si je te parle de l’école du 18ème, tu va penser à des mecs comme Flynt, à la Scred Connexion, au TSR. Mais si je te fais écouter tous les mecs de mon âge qui rappe à Max Dormoy (ndlr. son quartier d’origine dans le Nord de Paris), c’est des grosses prods de Trap. L’école du 18ème, ce n’est plus du tout ce qu’on pense. Ou alors, y’a un école de Max Dormoy qui est trap carrément ! Mais je pense pas qu’il y est encore un rap spécifique aux quartiers ou à la ville.

Comment on ressent ta réussite dans ton quartier ?

A Max Dormoy, je suis un peu un fantôme. J’ai ma petite bande de potes, mais je suis pas un mec que tu vois H-24, qui connait tout le monde. J’étais au lycée dans le 10ème, je n’étais pas là-bas. Mes potes sont contents pour moi, les autres s’en foutent. Ils écoutent même pas forcément mon style de rap. Donc je sais pas s’ils se rendent compte que ça marche pour moi.

Max Dormoy, c'est là.
Max Dormoy, c’est là.

Dans un des tes morceaux tu parles de Velizy 2, c’était pas tout près de chez toi quand même les Yvelines … 

Quand j’avais 16 ans, j’ai un peu habité chez ma grand mère qui était dans le 78. Du coup j’ai déjà acheté des chemises avant des entretiens d’embauche là-bas (rires).

Tu parles d’usine dans ton EP, tu as fait quoi comme petits boulots ?

J’ai travaillé un peu à La Poste, j’ai travaillé pour Direct Matin, j’ai été livreur pour de la restauration rapide dans un délire un peu bio, un peu cool, vers rue Saint Honoré.

T’étais facteur à La Poste?

Nan, j’étais au tri postal. J’avais fait un truc à l’usine aussi. Mais ça, je l’ai fait une semaine et j’ai arrêté direct (rires). C’était relou, je me faisais chier. T’es que avec des darons qui font des blagues de beaufs. Ah, j’ai fait un peu de baby sitting aussi. C’était tranquille, moi j’aime bien les enfants.

Tu penses que c’est fini pour toi tous ces boulots ?

Pour l’instant, ça marche bien donc j’espère ne pas recommencer. Même si demain, j’arrête le rap, j’espère garder un pied dans ce milieu.

T’as prévu quoi pour le futur ?

Mon premier album. J’y pense, j’ai déjà deux-trois thèmes, deux-trois 16. Là j’étais à fond dans mon EP et les concerts mais je vais m’y mettre à la fin de l’été.

Pourquoi tu as refait un EP avant l’album ?

Parce que depuis le début, j’ai vraiment envie que mon album marque le rap à sa juste valeur. Et là je pense que c’était trop tôt …

Dans tes interviews, tu parles souvent de bouquins. Comment tu t’es forgé un goût pour la lecture alors que c’était pas trop ça à l’école ?

edouard limonov
Edouard Limonov, c’est lui.

Quand j’étais petit je lisais un peu, des chairs de poule. Après, ça m’a vite fait chier. J’ai repris plus tard de manière un peu autodidacte. En plus, j’avais un pote de Stalingrad, (ndlr. un quartier voisin de Max Dormoy) qui est devenu prof. Du coup, il me conseillait plein de trucs. Il avait un autre rapport à la lecture. Ensemble, on écoutait du rap, lui il fumait du shit et tout, mais à côté il donnait des cours de philo. Il m’a donné un côté terre à terre et humain à la philosophie. J’ai lu les livres qu’il ma conseillé, c’est un peu comme ça que je me suis remis à la lecture.

Si tu devais retenir un livre ?

Ca serait Limonov d’Emmanuel Carrère. Il m’a vraiment plu de A à Z. Y’a un côté historique sur l’URSS, un côté romancé et biographique d’un homme politique, Limonov, qui finalement est plus que ça. Le mec il doit avoir une soixantaine d’années aujourd’hui. Il a été voyou en Ukraine, poète en Russie, écrivain en France, valet de chambre à New York. Tout ce qu’il a voulu faire dans sa vie, il l’a fait. Même si, objectivement, je trouve que c’est un gros con un peu raciste, t’es obligé de t’attacher au personnage parce qu’il a été au bout de ses idées. Sa vie est super intéressante. Le livre m’a marqué. Quand tu le finis, tu te dis vraiment que t’as raison de vouloir aller au bout de tes rêves avec le rap.

 

Georgio sera en concert le 8 novembre 2014 au Divan du Monde

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