Le crew des Haterz,  » pour l’amour du LOL »

Le Crew des Haterz vient de fêter ses 5 ans. Une demi-décennie durant laquelle ils ont joué les trublions sur internet. Blagueuse, la petite équipe s’amuse à clasher le rap français à base de scuds sur Twitter et d’illustrations tout en photoshop sur leur site. La bande est catégorique :  » on a avalé tout le monde ! « . A force de vannes ravageuses, ils se sont construit une petite réputation sur le web, où ils revendiquent leur esprit Hip Hop. Rencontre avec ces comiques 2.0, les Haterz masqués.

Par @InesBgc

 

haterz

 

Il y a combien de personnes derrière les Haterz alors ?

Ça on ne le dit pas. C’est protéiforme, à géométrie variable. C’est comme dans les magazines : parfois il y a des pigistes, parfois il n’y a que la rédaction. On a des potes qui nous aident de façon épisodique.

cachin
Olivier Cachin avec une tasse-P

Et donc personne n’a jamais eu d’interview en tête à tête avec vous ?

Juste une fois avec Cachin. Parce qu’on était obligé et que c’est un vieil ami. On a été à sa radio (ndlr. Le Mouv’). Mais c’est la seule fois.

Votre anonymat, c’est pour éviter qu’on découvre que vous n’avez pas de street cred’ ?

Mais on n’a aucune street cred’. On est des grosses baltringues (rires). Plus sérieusement, c’est plus marrant de laisser le travail parler. On trouve ça vraiment plus rigolo que ça soit anonyme. L’idée de départ des Haterz, c’était de dire tout haut ce que les gens pensent tout bas. Raison pour laquelle nos personnages sont assez génériques. C’est pour que les gens puissent plus ou moins s’identifier, même si je ne suis pas sûr que tout le monde ait une grosse barbe et des chemises de portugais. Mais l’idée est de ne projeter la blague sur personne en particulier. Parce ce que ça n’est pas le plus important. L’important c’est le contenu, c’est le fait de pouvoir rigoler de plein de choses. Et les gens qui nous suivent l’ont bien compris. Par exemple, quand les gens regardent les Guignols, ils s’amusent sans se demander qui est derrière. L’important c’est de faire rire les gens. Ou du moins essayer.

Vous parlez des Guignols, quelles sont vos influences ?

On cite souvent The Boondocks, un comics street américain sur deux petits renois des quartiers chauds, qui vivent dans une banlieue résidentielle à Chicago. Il y a tout un bagage de culture hip hop. C’est un peu le Prince de Bel Air en plus kaira et plus actuel. On aime bien Lewis Trondheim aussi, un auteur de BD français qui déchire. Les magazines américains comme Egotrip, Complex, nous ont aussi donné envie de faire des trucs différents, de traiter d’informations sérieuses avec un angle marrant, en essayant de donner un côté plus ludique à tout ça.

 

 

Votre nom,  » Le crew des Haterz « , ça vient d’où ?

Quand on a commencé il y a cinq ans, le terme  » Hater  » n’était pas si répandu. Mais ça désignait bien ce qu’on faisait : des mecs qui traînent sur internet toute la journée et qui passent leur temps à parler et à critiquer les gens entre eux. Ça nous correspondait hyper bien. Et on voulait aussi montrer qu’on était une bande.

Et cette bande de potes, elle a commencé sur Internet tout de suite avec les Haterz ? Ou il y a eu un avant ?

Genre Haterz Begins ? Bah il y a un pote qui s’est fait tuer dans une petite ruelle, un autre s’est fait crever un oeil. Et on s’est dit qu’on allait devenir des supers-héros des Internets … Mais à la base, on est une bande de potes qui se connaissent depuis longtemps. Si tu veux, l’avant c’est qu’on faisait les mêmes blagues, mais entre nous. Par mail. Par SMS. Sans les partager au grand public. Un peu comme plein de gens le font finalement. C’est un truc qui, selon nous, fait partie de la culture pop. Et de la culture générale des jeunes de notre époque. Partager nos blagues avec des gens qui ont la même culture semblait logique.

Alors comment vous êtes passés des textos au lancement d’un site ?

D’abord on faisait ça sur le site de quelqu’un, puis on a fait notre propre site. C’est comme si on ouvrait une porte sur les discussions de forum qu’on pouvait avoir. Et puis si ça ne plaisait pas, on s’en foutait, ça nous faisait marrer. T’sais, c’est un peu comme les Nuls quand ils ont monté leur collectif de comiques. Ils se sont appelés comme ça parce que si les gens trouvent ça bien, ils peuvent dire  » Putain c’est trop bien, c’est les Nuls « . Et si c’est tout pourri, il peuvent dire  » C’est normal c’est les Nuls « …

 

 

Pour le coup, ça marche pas mal pour vous. Plus de 30.000 personnes qui vous suivent sur Twitter, autour de 15.000 sur Facebook. Mais comment ça c’est passé au début ?

Pendant 6 mois on a stagné à 100 followers sur Twitter. On était resté personne, parce qu’on mettait juste de vrais extraits de morceaux de rap pourri. Ca nous faisait beaucoup rire, mais apparemment ça ne faisait rire personne d’autre que nous ! Et puis on a commencé à se lâcher, à dire vraiment ce qu’on pensait. Ça a pris un peu plus. Et après, on a fait quelques posts qui ont bien tourné sur le site.

Bulletin boobaLe premiez “ buzz ”, c’était avec quel post ?

Celui qui a le mieux marché à l’époque, c’était un post sur un faux bulletin de notes de Booba. On a essayé de le mettre en vente sur Ebay. Et les gens ont cru que c’était un vrai bulletin ! On l’avait mis à $ 92.000  (ndlr. en référence à son département). Et maintenant on est riche ! (rires) Cette histoire a été reprise par plusieurs sites d’informations, pleins de sites spécialisés aussi. Et au fur et à mesure, ça crée un effet boule de neige. Un petit édifice sur lequel t’accumules de plus en plus de posts. Et puis les gens commencent à te suivre. On a ensuite enchaîné un partenariat avec l’Abcdr du Son. Ils ont fait un méga classement du rap français, en demandant aux gens de voter pour les 100 morceaux qui selon eux représentaient le mieux le rap français. On a fait une vingtaine d’illustrations. Ça a beaucoup tourné et ça nous a permis d’exister.

Et maintenant vous faites 36 trucs en même temps ! Vous collaborez avec Mouloud Achour dans Clique, vous avez un shop en ligne, il y a le site avec les illustrations et les posts, en plus de Twitter … Pas mal de collaborations aussi, comme celle avec Médine pour son single MC Soraal dernièrement …

Exactement, tu es très bien renseignée. On te félicite car tu as une qualité rare chez les journalistes : tu prépares les interviews en amont. Depuis la rentrée, on est auteur sur l’émission Clique de Mouloud. Et justement, une partie de notre job est de préparer des interviews. On voit à quel point c’est important de bien connaître les gens avant.

Vous avez déjà d’autres projets en tête ?

On a déjà le site sur lequel on essaie d’être le plus actif possible. Sur Twitter, on est très présents parce que c’est facile. Le shop c’est surtout pour faire plaisir aux gens qui nous ont demandé des trucs. Et oui, on a d’autres projets à côté. A une époque on avait une chronique récurrente dans les magazines UGC. On a arrêté parce que ça devenait trop dur de tout gérer. Et … d’autres trucs qui arrivent. Mais comme d’habitude ça va tout déchirer. Si si, ils sont pas prêts ! (rires)

Vous vivez de tout ça ?

Non, non. Le bulletin de Booba ne s’est pas vendu, alors ça serait un peu compliqué de joindre les deux bouts (rires) Mais on ne vit pas du tout de ça. On le fait pour l’amour du LOL.

Le shop en ligne marche bien, non ?

C’est plus un délire. C’est comme quand tu es avec des potes et que tu te dis  » putain si on faisait un T-shirt avec Tyrion habillé en Michael Jackson  » et le mec te répond  » ah ouais ça défonce ! Viens on le fait !  » (rires) Ce T-shirt n’existe pas, mais c’est dans cet esprit. En fait, on reçoit des propositions et si ça nous fait rire on essaie de les réaliser. Maintenant, c’est pas encore une multinationale avec des usines et des investissements financiers.

Du biff
Du biff

C’est quoi votre best-seller ?

Faudrait que je demande à mon expert comptable où on en est, parce que là on est en train de faire le dernier bilan de la société et c’est compliqué de donner des résultats très poussés (rires). Mais en vrai c’est la tasse-P que les gens adorent. Allusion a Doc Gynéco. Et bizarrement c’est les produits pour la maison qui marchent le plus. Cet hiver il faisait froid, on a vendu énormément de plaid. Le  » bavoir est une arme  » a bien marché aussi. Un carton ! On en a vendu au moins un gros carton.

Pas de chiffres ?

Pour les tasses et les bavoirs, plusieurs centaines. Mais c’est de l’argent déclaré…

Et du côté des posts, qu’est-ce-qui a le mieux marché ?

Étrangement, c’est celui qu’on a fait pour la saga Twilight, alors que c’est pas du tout notre délire à la base. En fait c’est UGC qui nous avait demandé de faire ça. Ce qu’on a trouvé archi relou, parce que les films sont insupportables. Du coup on a écrit un long papier pour expliquer pourquoi la saga était relou. Et on a eu, je crois, 250.000 lectures du papier. Et on est à 30.000 likes sur le site. Plus je ne sais pas combien de milliers de partages. On était hyper choqué. On n’a pas compris. Surtout qu’on n’est pas connu pour ça à la base. On est un peu comme ces supers rappeurs, qui ont une super street cred’. Et puis un jour, ils font un single pour rigoler. Et c’est cette musique dont les gens vont se souvenir toute leur vie ! Plus dans notre genre, on a fait aussi le dégénérappeur il y a un an, au moment du clash Booba / La Fouine. C’est un générateur de fausses Unes de journaux. Et ça a super bien marché. C’est un million de pages vues en une semaine et il y a plein de médias qui en ont parlé. Pareil pour le Top 50 des fails du rap français.

Vous parlez uniquement du rap français. Pourquoi pas le rap américain ?

Parce qu’on n’y comprend rien. Et on aime bien le made in France (rires). Non mais on parle d’abord de choses qu’on connaît et qu’on aime. Les choses avec lesquelles on a grandi. Dans le rap américain ça serait facile, mais ça serait différent. On n’aime pas autant. Il n’empêche qu’on est pas du tout fermé aux autres sujets. La preuve avec Twilight. Et puis une des raisons pour lesquelles on a commencé, c’est qu’on n’était pas satisfait du traitement médiatique du rap français. Que ça soit les médias généralistes ou spé’. Surtout les médias spé’. Ils auraient pu se lâcher un peu plus, proposer un traitement plus décontracté.

Aujourd’hui, il n’y en a plus tant que ça des magazines spé’ rap en France …

Ils sont morts depuis qu’on a commencé les Haterz en fait. C’est hyper triste. Il y a plein de mags qui sont restés sur le carreau. Aujourd’hui le seul qui reste c’est R.A.P R&B et il vise un public très jeune. La grosse créativité vient du web maintenant. Les youtubers, les blogeurs… On remarque qu’il y a toute une génération qui a grandi avec le rap. Ils amènent un ton irrévérencieux qui n’existait pas avant. On est très content de ça. Le milieu était trop sacralisé … ou alors les gens avaient peurs de se prendre des grosses baffes s’ils disaient du mal des rappeurs ! Maintenant, je ne sais pas si c’est un bien ou un mal, mais c’est plus décontracté et il y a plus de créativité. En tout cas dans la traitement.

C’est juste un manque de créativité qui a entraîné la chute des magazines rap d’après vous ?

Il y a aussi le fait que le public rap est jeune et n’a pas forcement les thunes pour des mags. Ensuite, pour survivre, les mags papier ont besoin d’annonceurs. Et il n’y en a pas tellement dans le rap, hormis les maisons de disques, les labels, des marques de sodas, de téléphones et de baskets. Tu vas pas pouvoir ramener Dior ou Renault.

Pour revenir au hate, il y a quelqu’un que vous n’avez jamais réussi à clasher ?

Skuuuurt
Skuuuurt

Je crois qu’on a avalé tout le monde … Mais il y a un truc à savoir : les albums, les livres, les morceaux, etc., on les achète tout le temps avant d’en rire. On estime qu’en tant que consommateur, on a le droit d’en parler et de critiquer. Et tout ce qu’on dit, on l’assumerait en face à face. On fait rarement des critiques gratuites. Tous les propos qu’on tient sur Twitter ou dans nos posts, on y réfléchit bien avant de les mettre en ligne.

Quelles sont les réactions qui suivent vos posts en général ?

Il n’y a jamais vraiment eu de mauvais retours. En général, les rappeurs avec qui on a pu échanger, les mecs kiffent. Et puis on dit un peu ce qu’ils aimeraient dire, mais que leur situation ne permet pas publiquement. Le mec va nous dire  » Grave, c’est trop ça « , mais il ne peut pas le twitter parce qu’il connaît la personne ou quelqu’un dans son entourage. Mais les rappeurs prennent ça avec beaucoup de recul et beaucoup d’humour en règle générale. On a par exemple eu de supers retours d’Orelsan, de Youssoupha, de Médine, de RimK qui était très cool. Oxmo Puccino aussi. On a fait son avatar Twitter pendant longtemps.

Ça doit être un gros kiffe en tant que fan de rap.

C’est sûr que c’est gratifiant. Ça nous fait super plaisir. Mais je pense que si les mecs ne réagissaient pas, ça ne nous stopperait pas non plus. Et quelque part, le but c’est de faire kiffer les gens. Si les artistes kiffent aussi, c’est tant mieux. C’est une preuve d’auto-dérision et d’intelligence. Et ça prouve que le côté divertissement du rap, déjà présent aux USA, commence à arriver en France. Après, les bons retours, tout ça, c’est cool. Mais on s’en fout un peu. C’est pour ça qu’on est anonyme. Il y a des gens qui sont fans d’un rappeur et font un site pour rencontrer leurs idoles. Pour nous, avoir des places gratuites pour des concerts ou rencontrer des gens, on s’en tape. Mais sans arrogance. On fait vraiment ça pour nous amuser dans notre coin.

Donc le rap français en règle générale, c’est drôle ?

Le rap c’est le truc le plus drôle du monde ! T’as des mecs de 30 ans qui sont en survet’ et qui critiquent la société. C’est super drôle, non ?

Vous comprenez les gens qui assimilent encore le rap à une sous-culture ?

Non. On déconne sur le rap parce que c’est un truc qu’on aime profondément à la base. On se moque, mais on ne considère pas que c’est une sous-culture. Et on est hyper content quand il y a un traitement intelligent sur le rap. On est même les premiers à s’en réjouir. Gastface a par exemple fait un documentaire sur un compositeur qui s’est fait sampler par des Américains. Et c’est très Hip Hop. On n’a pas besoin de filmer des mecs qui tournent sur la tête et qui font du graff. Le traitement en lui-même est hip hop. Partir à la recherche de l’info avec juste une petite caméra, chercher le truc à l’arrache et traîner avec des mecs pour réaliser la vidéo, c’est super hip hop.

Ça veut dire quoi, être hip hop, aujourd’hui ?don-t-hate-the-haterz_design

Aujourd’hui le Hip hop est devenu une culture à part entière, qui a une influence majeure. Et il y a une génération de mecs qui arrivent, qui connaît ces codes, et les replace ailleurs. C’est une vraie force. Par exemple, il y a ce prof’, Jeremie Fontanieu.  Il a un peu révolutionné sa méthode de travail avec ses classes de lycée. Il parle de rap avec ses élèves, base ses cours là-dessus. Et maintenant, ils ont de meilleures notes. Bon, il leur tape aussi un peu sur la gueule et il appelle les parents pour les faire bosser. Mais tu vois qu’il y a une vraie culture hip hop dans ce qu’il fait. Pas de besoin de se buter au hip hop pour avoir ces attitudes et ces codes. Si t’as grandi avec, tu t’es imprégné de ça et ça donne une certaine grille de lecture. Nous on écoute de tout, mois j’aime la musique classique aussi. Mais quand je parle de rap ou de Twilight, j’en parle quand même de manière hip hop. Et donc c’est une vraie culture, pas une sous-culture. Ce qui nous a le plus enthousiasmés, c’est que Hollande prenne pour écrire ses discours un mec qui a sorti des bouquins de rap. C’est la preuve de la force culturelle du truc. Il ne l’a évidemment pas pris pour ça, mais c’est une reconnaissance.

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